Sur les canaux de France, le chiffre qui décide de tout n'est pas la longueur du parcours mais le nombre d'écluses tous les 10 km : 1,2 sur la Petite Saône, 7,8 sur le canal de Bourgogne. Avec 5 heures de barre par jour, cela donne 30 km quotidiens d'un côté, 13 km de l'autre. Les loueurs annoncent 25 à 40 km par jour partout : voici 6 bassins ramenés à leur rythme réel, avec horaires VNF et règles du sans-permis.
Quel canal choisir ? Les 6 bassins comparés en chiffres
Le réseau français compte 8 500 km de voies navigables, gérées par Voies navigables de France (VNF), sauf les canaux bretons, propriété de la Région Bretagne. Le tableau applique partout le même calcul : 8 km/h, 20 minutes par écluse, 5 heures par jour.
Bassin (tronçon de référence) Km Écluses Écluses / 10 km Km réels par jour Profil conseillé Midi : canal du Midi (Toulouse – étang de Thau) 240 63 2,6 23 Première location, famille Bourgogne-Nivernais : canal de Bourgogne (Migennes – Saint-Jean-de-Losne) 242 189 7,8 13 Équipage rodé, cyclistes Bourgogne-Nivernais : canal du Nivernais (Auxerre – Decize) 174 110 6,3 15 Couple, amateurs de nature Loire : canal latéral à la Loire (Digoin – Briare) 196 37 1,9 27 Débutants, séjour court Bretagne : canal de Nantes à Brest 364 238 6,5 15 Retraités, rythme lent Alsace-Lorraine : canal de la Marne au Rhin (Vitry-le-François – Strasbourg) 314 178 5,7 16 Équipage sportif Saône : Petite Saône (Corre – Saint-Jean-de-Losne) 163 19 1,2 30 Grandes étapes, première foisMidi : 63 écluses dont 18 multiples, ovales, et l'escalier de Fonseranes à Béziers, 9 sas d'affilée qui avalent 1 h 30 en été. Comptez 10 jours pour Toulouse – Sète. Bourgogne-Nivernais : le bief de partage de Pouilly-en-Auxois passe sous une voûte de 3 333 m, et le Nivernais fonctionne avec des éclusiers à chaque sas, d'où des passages rapides mais calés sur leurs horaires. Loire : on ne loue pas sur le fleuve mais sur le canal latéral, aux longs biefs. Le pont-canal de Briare (662 m, 1896) mène au canal de Briare : 38 écluses sur 54 km.
Bretagne : le barrage de Guerlédan (1930) coupe le Nantes-Brest, impraticable entre Guerlédan et Carhaix, et le tronçon Pontivy – Rohan concentre 52 écluses sur 24 km, toutes manœuvrées par un agent. Alsace-Lorraine : le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller remplace 17 écluses par un bac qui franchit 44,55 m en 4 minutes. Saône : 19 écluses en 163 km et Saint-Jean-de-Losne, premier port fluvial de plaisance de France, en point de départ.
Le piège des écluses : pourquoi votre itinéraire est deux fois trop long
Vous divisez 240 km par 8 km/h : 30 heures, soit 6 jours. Faux : la vitesse ne compte que la moitié du temps. Chaque écluse prend 15 à 20 minutes (approche, amarrage, remplissage, sortie), 30 à 45 minutes avec une file d'attente en juillet. Vingt écluses dans une journée représentent 5 à 7 heures. Un sas fermé à 19 h vous immobilise jusqu'au lendemain matin, et une écluse manquée à 12 h 25 coûte une heure de pause méridienne.
La formule fiable : temps de route = km ÷ 8 + nombre d'écluses × 20 min. Sur le canal de Bourgogne entier, cela donne 30 h de moteur et 63 h d'éclusage, soit 93 heures : 19 jours à 5 heures par jour, quand le calcul naïf promet 6 jours. Sur le Midi, 30 h plus 21 h donnent 51 heures, soit 10 jours.
Notre conseil : pour une semaine de location, visez 100 à 120 km aller-retour sur un canal à forte densité d'écluses (Bourgogne, Nivernais, Bretagne), 160 à 180 km sur le latéral à la Loire ou la Petite Saône. Au-delà, vous passez la croisière à la barre et sautez les escales.Horaires et saison : quand les écluses sont-elles ouvertes ?
Chaque bassin a son règlement, publié chaque année par VNF dans les avis à la batellerie. Sur le canal du Midi, la haute saison ouvre les écluses de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 19 h. En moyenne saison (mars-avril, octobre), elles ferment à 18 h ; de novembre à mi-mars, le passage se fait à la demande, de 8 h 30 à 16 h 30.
Le canal de Bourgogne tourne en 2026 de 9 h à 12 h et de 13 h à 19 h, 7 jours sur 7, jusqu'au 25 octobre. Sur la Marne au Rhin (Réchicourt – Saverne), c'est 7 h – 19 h tous les jours du 15 juin au 15 septembre, puis à la demande, de 9 h à 17 h, du 11 novembre au 16 mars.
Quatre jours sont fermés partout : 1er janvier, 1er mai, 11 novembre et 25 décembre. La Petite Saône ajoute le 14 juillet. Les loueurs bretons et bourguignons travaillent d'avril à fin octobre ; mai-juin et septembre offrent des écluses sans file et des biefs calmes.
Les escales aussi dépendent de la saison : marchés, caves et châteaux n'ouvrent pas aux mêmes dates d'un département à l'autre. Pour bâtir les étapes à terre, un guide pour découvrir la France département par département détaille ce qui se visite dans chaque département traversé, selon la saison et le budget.
Pour tracer l'itinéraire lui-même, VNF publie une carte interactive du réseau navigable et des cartes par bassin ; les guides fluviaux papier (Fluviacarte, Breil) donnent pour chaque bief les écluses, les haltes et les points d'eau. C'est sur eux que l'on applique la formule km ÷ 8 + écluses × 20 min, étape par étape.
Restent les chômages, fermetures pour travaux de quelques jours à plusieurs semaines, surtout de novembre à mars. Avant de réserver, consultez le calendrier des chômages publié par VNF.
Faut-il un permis pour louer une pénichette ?
Non. Le loueur, agréé comme noliseur, vous remet une carte de plaisance après une initiation de 20 minutes à 1 heure. Elle vaut pour un coche de plaisance de 5 à 15 m, pour la durée de la location et pour la navigation de jour uniquement. Une semaine en bateau 3 cabines se loue 2 100 à 2 800 € en moyenne saison. Avec votre propre bateau, le permis plaisance devient obligatoire dès que le moteur dépasse 4,5 kW (6 CV).